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vers 1862 — Aujourd'hui
Histoire de la Dynastie Menmaveun Ketcha
D'un précepteur devenu oncle et bras droit d'un roi, à la reconstruction d'un héritage après l'épreuve du feu : le destin hors du commun de la dynastie Menmaveun Ketcha, l'une des grandes familles nobles du Royaume Bangangté.
Né à Bangangté vers 1862 et mort dans son palais en 1954, Ketcha est le fondateur de la dynastie qui porte son nom. Il règne sur son vaste territoire jusqu'en 1954, soit près d'un siècle d'influence sur la vie du royaume.
Adolescent intrépide et intelligent, Ketcha est issu d'une famille de trois enfants dont il est l'unique garçon. Il grandit dans un environnement familial plein d'amour où ses parents lui enseignent les valeurs de courage, d'intégrité, de générosité et de travail. Il devient précepteur à la cour du roi à la faveur de l'alliance entre sa sœur aînée Ntondji et Sa Majesté Tchatchoua, Roi des Bangangté.

Fécondée, Ntondji donne plusieurs enfants au roi, parmi lesquels Tazi Njiki Salomon. À la naissance de son royal neveu, Ketcha quitte la maison familiale pour la majestueuse cour du roi, où il est chargé de l'éducation et de l'instruction du jeune prince. Avec zèle et perspicacité, il s'acquitte de cette tâche, s'attirant l'admiration et les faveurs de son beau-frère, Sa Majesté Tchatchoua, qui lui décerne le titre honorifique de Nsob pour récompenser son remarquable travail auprès de son fils. Ainsi Ketcha devint Nsob Ketcha.
À la mort du roi Tchatchoua, l'un des frères de Tazi Njiki est intronisé chef mais son règne est de courte durée : il rend l'âme des suites de la variole avant la fin de la période d'initiation. Un second frère de Tazi Njiki, désigné à son tour, connaît le même funeste sort six ans plus tard. Cette situation devient propice au prince Tazi Njiki qui, bénéficiant des conseils avisés et du soutien inconditionnel de son oncle Nsob Ketcha, est sacré 12ᵉ Roi des Bangangté.
Cette intronisation déclenche une contestation orchestrée par un certain Tchap Kouandjeu, dont l'objectif est de transformer la chefferie en un no man's land pour tenter d'en devenir le roi. Mais les plans de ce dernier avortent, une fois encore grâce à l'efficacité de Nsob Ketcha et de Tazi Njiki, qui avaient su s'attirer la sympathie de la population. Exprimant leur exaspération, les sujets du roi se soulèvent contre cet opposant, et leur intervention met fin aux agissements de Tchap Kouandjeu.
Élevé à la dignité de Menmaveun, Ketcha met son génie politique et militaire au service de son neveu Tazi Njiki Salomon pour engager la plus grande conquête de terres de l'histoire du Ndé, voire des chefferies Bamiléké. Grâce à ses victoires, le royaume s'agrandit considérablement, en particulier sur le flanc nord-ouest. Séduit par le leadership et le charisme de son oncle, le roi lui confie la gestion de vastes terres s'étendant de l'actuel stade municipal jusqu'aux frontières des chefferies Bamena, Balengou, Bahouoc, Bakong et Bangoulap — et ce, de 1912 jusqu'à 1942.
Pour asseoir l'autorité de son oncle, le roi Tazi Njiki lui donne pour épouses les princesses de sa cour — sœurs consanguines, nièces et parfois jeunes filles qui lui sont proposées comme épouses. Menmaveun Ketcha reçoit également le prestigieux bracelet Kwa-ba, que seuls les initiés du Kum, la société secrète de la cour du roi, arborent — geste par lequel Sa Majesté Tazi Njiki fait de son oncle un chef à part entière. Ketcha occupe aussi l'importante fonction administrative de collecteur d'impôts, et se fait remarquer par l'administration coloniale qui l'établit comme auxiliaire de justice.
Homme généreux et aimant les plaisirs de la table, Menmaveun Ketcha est aussi décrit par ses enfants comme un bel homme et un grand séducteur : il compte une centaine d'épouses et de nombreuses centaines d'enfants. Sa nombreuse famille et la taille de son bétail font de lui un homme puissant, respecté, comblé — mais aussi détesté. Il est, avec son neveu le Roi, l'une des seules personnes à être transportées sur un hamac sur le territoire des Bangangté, ce qui lui attire alors une certaine hostilité. À sa mort en 1954, Menmaveun Ketcha a 92 ans. Son fils Faleu lui succède en 1955.
Pendant le règne de son fils Menmaveun Faleu, dont l'autorité n'égale pas celle de son charismatique géniteur, le vaste ensemble de Menmaveun Ketcha est morcelé : à peine 100 km² de terre et environ 2000 âmes à commander seront conservés. À l'image de son admirable père, Menmaveun Faleu a plusieurs épouses et de nombreux enfants. Cette adversité se manifeste aussi par la destruction de la chefferie par un incendie, probablement criminel, occasionnant des pertes matérielles importantes. Plusieurs femmes quittent alors la chefferie pour s'installer chez leurs enfants, laissant derrière elles une cour désolée.
Pendant toute sa vie, Menmaveun Ketcha Faleu œuvre à reconstruire l'héritage de son père. Au crépuscule de sa vie, il fait promettre à tous ses enfants et descendants de rétablir la concession et de restaurer la renommée de la dynastie. Il transmet à la postérité ce devoir de reconstruction. En avril 1991, il meurt en laissant une importante descendance et plusieurs veuves. Son fils Ketcha Christian, alors âgé de 36 ans et professeur d'Éducation Physique et Sportive à l'ENI-ENIA de Bafoussam, lui succède.
Après sept années passées à la tête de la dynastie, marquées par la naissance d'un unique enfant — mort-né et aveugle —, ses frères et sœurs y voient un mauvais présage envoyé par leurs ancêtres. Selon la tradition, ces épreuves familiales sont alors interprétées comme un signe défavorable, et une décision inédite dans la culture Bamiléké est prise : Menmaveun Ketcha Christian est destitué en décembre 1998.
Le 9 janvier 1999, dans le respect de la pure tradition d'intronisation des pays Bamiléké, son frère Robert Tchatchoua Ketcha, employé de l'entreprise Jean Lefèvre à Yaoundé, lui succède. Confortablement installé, Menmaveun Robert Tchatchoua Ketcha jouit de la bénédiction de ses ancêtres, manifestée par la naissance de deux paires de jumeaux dans sa cour — une venue gémellaire perçue comme un gage d'abondance et de prospérité pour toute la dynastie. La grande famille Menmaveun Ketcha retrouve alors sa sérénité.
Figure légendaire respectée, Menmaveun Ketcha laisse une lourde responsabilité et un grand défi à ses petits-fils et petites-filles : celui de restaurer la magnificence et l'honneur de sa concession à Bangangté, et de perpétuer sa mémoire, dans une dimension nationale, en contribuant chacun par son engagement patriotique au développement du Cameroun.
Un devoir de reconstruction transmis de génération en génération, pour que la mémoire de Menmaveun Ketcha continue d'honorer le Royaume Bangangté.
Menmaveun Ketcha IV